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L’industrie 4.0, c’est aussi une ambition technologique consistant à produire des petites séries à des coûts équivalents à ceux de la production de masse.

Revue de presse- 15 avril– Revue Contrepoints- Gilles Martin 

L’industrie va-t-elle être dépassée par les entreprises technologiques ?

Une crainte s’est développée que les industriels soient grignotés par les géants de l’Internet qui développent les nouvelles technologies, et s’apprêtent à transformer par exemple l’industrie automobile dans sa mutation vers les voitures électriquesconnectées et autonomes. Car finalement, une automobile de demain, n’est-ce pas plutôt un software avec des roues ?

Et c’est ainsi qu’est né ce concept de l’industrie 4.0 avec un leader, l’Allemagne, historiquement l’image du leadership industriel, de la machine-outil, des industries mécaniques. Cette industrie 4.0 est cette idée de construire un nouvel imaginaire industriel dans une société qui est entrée dans le monde numérique, ce que certains appellent déjà la quatrième révolution industrielle.

L’industrie 4.0, c’est aussi une ambition technologique consistant à produire des petites séries à des coûts équivalents à ceux de la production de masse.

Pour comprendre le concept, et pourquoi l’Allemagne s’y est investie, le livre de Dorothée Kohler et Jean-Daniel Weisz, paru à la Documentation Française Industrie 4.0 – Les défis de la transformation numérique du modèle industriel allemand est un bon guide.

Ce qui a motivé le développement de l’industrie 4.0 c’est à la fois un rêve technologique et la peur de menaces qui pourraient faire vaciller le leadership allemand. C’est ainsi que l’Allemagne va donner un caractère offensif à une politique construite dans un premier temps comme une base défensive.

L’industrie 4.0 passe de l’approche de Lean Production, caractérisée par la production just in time, l’orientation process et l’organisation des équipes, vers la smart factory, qui permet la production individualisée et l’utilisation de la réalité augmentée.

DE NOUVELLES SOURCES DE VALEUR

Ce qui change dans la compréhension des clients, c’est de passer des sources traditionnelles que sont les processus de veille ou les remontées du réseau commercial à un traitement des données d’usage transmises par les produits et équipements vendus. C’est ainsi que l’on va capter de nouvelles sources de valeur liées aux données d’usage. Cette association des capteurs (hardware) et des logiciels compose l’Industrie 4.0.

Ce qui fait repenser leur modèle d’affaires aux industriels est de savoir si demain les constructeurs automobiles tireront l’essentiel de leurs revenus de la vente de véhicules ou de leur location et de l’exploitation de services associés.

C’est ainsi que se construisent des écosystèmes en open innovation pour créer les nouvelles chaînes de valeur industrielles. Les partenariats se multiplient : Dorothée Kohler et Jean-Daniel Weisz, citant une étude du ministère fédéral de l’Économie et de l’Énergie, indiquent qu’à l’horizon de cinq ans (l’étude date de 2015), les entreprises de plus de 500 salariés envisagent en moyenne de coopérer avec 12 nouveaux partenaires dans le cadre de l’industrie 4.0. Pour les entreprises de moins de 500 salariés, ce nombre représente près du triple. À un horizon de 10 ans, les entreprises de plus de 500 salariés auraient 23 nouveaux partenaires, celles de moins de 500 salariés, 74 nouveaux partenaires.

COMPÉTITION MONDIALE

Mais malgré ces développements cette avance industrielle allemande commence à fléchir. Un article du journal Le Monde du 4 avril titre : L’industrie allemande doute de son modèle. C’est Angela Merkel qui a prononcé dans son discours à la foire de Hanovre la veille de l’ouverture, le 1er avril :  » Je ne suis pas certaine que nous soyons suffisamment armés pour être compétitifs au niveau mondial ». 

Le futur, c’est l’électrique, et donc la question des batteries, que les Allemands ont délaissé au profit du diesel qui était considéré comme le moteur économe. Mais aujourd’hui il est frappé d’opprobre ; il faut se concentrer sur l’électrique.

C’est la stratégie de Volkswagen : 70 modèles électriques sortiront des lignes de montage du Groupe d’ici dix ans. Alors il faut accélérer.

La conception industrie 4.0 suppose de concevoir l’entreprise comme un monde ouvert où gagnent en intensité les flux d’échanges avec le client et de la recherche, les interactions avec les réseaux d’entreprises issues de différentes filières.

L’industrie 4.0 ne correspond pas à un simple élargissement du lean manufacturing. Elle propose une autre manière d’organiser le temps et l’espace de production et de travail.

Car le changement est brutal : les Allemands, les industriels toussent. Bosch est ainsi de ceux qui ont critiqué la stratégie annoncée par Volkswagen lors de la conférence annuelle du groupe le 14 mars, annonçant cette accélération vers le tout-électrique, et qui prévoit une suppression éventuelle de 7 000 emplois liés au moteur thermique. Bosch veut aussi défendre son indépendance technologique, et refuse d’abandonner le diesel, qu’il veut au contraire continuer à développer ; et on le comprend quand on sait que 50 000 de ses salariés, dont 15 000 en Allemagne, travaillent sur cette motorisation.

LA RÉVOLUTION 5G

Autre révolution 4.0 dans l’industrie, la 5G : un dispositif qui permet de mesurer les pièces et de contrôler la qualité en transmettant les données de mesure avec un temps de latence de moins de 10 millisecondes a été présenté la semaine dernière à la foire de Hanovre, le plus grand salon industriel du monde, avec 6 500 exposants.

La 5G, c’est la révolution dans la communication entre les machines, et une nouvelle avancée pour l’usine intelligente et connectée. La 5G va être l’occasion de connecter entre elles un nombre beaucoup plus important de machines. Elle écarte aussi le risque d’interférences que pose le wifi aujourd’hui utilisé. Les Échos rapportaient le 5 avril que l’Allemagne avait réservé une partie de ses fréquences 5G pour les industriels, au grand dam des opérateurs télécoms.

Les industriels vont ainsi pouvoir opérer leurs propres réseaux dans leurs usines. Ces installations 5G locales seront ainsi pour eux le moyen de ne pas dépendre du futur réseau national construit par les opérateurs, et de continuer à contrôler leurs données.

Pendant ce temps là, en France, les industriels ne se sont pas manifestés face à la demande de l’Arcep qui n’a pas encore fixé les règles de l’attribution des fréquences. Et à l’est, c’est en Corée du Sud qu’a été lancée mercredi dernier une offre 5G par les trois opérateurs locaux, faisant ainsi de la Corée du Sud le pionnier mondial du secteur.

Usine connectée, machines connectées, nouvelles coopérations pour l’innovation entre le monde des télécoms, des industriels de l’automobile et autres, partenariats en croissance exponentielle ; la course ne fait que commencer, mais on dirait que les gagnants de demain ne seront pas forcément ceux d’hier.

De quoi réveiller les retardataires, non ?

SOURCE:

Revue Contrepoints- Gilles Martin- article COMPLET ICI 

 

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